Le lieu : Château Letard

Situé à l’Est de la commune de Saint Erblon, le lieu dit de Château Letard tire son nom d’un de ses premiers possesseurs, un certain Guillausme de Chasteaulestart, qui en fut détenteur en l’an 1342…Quelques 70 ans avant la venue au monde de Jeanne qui bouta les Anglais hors de France ! C’est fort loin !!!
Et c’est à la fin du XIVème siècle, qu’une de ses descendantes, Jeanne, s’unit à un Allain du Fail, patronyme originaire de la paroisse de Domloup, à l’Ouest de Châteaugiron, et qui allait y faire souche pendant près de deux siècles.
C’est au début du XVIème siècle, vraisemblablement en 1520, qu’y vit le jour celui qui à la postérité devait passer. Noël, tel était son prénom, fit une brillante carrière de parlementaire rennais, mais tel Janus, avait double visage. Derrière le docte et grave magistrat, auteur d’un très sérieux travail de jurisprudence intitulé « Extraicts des plus notables et solemnels Arrests du Parlement de Bretagne », se cachait un esprit facétieux et un peintre de mœurs de premier mérite. Observateur né, du Fail va consigner avec une verve alerte souvent teintée de gauloiserie, les us et coutumes de cette société rurale de la Haute Bretagne du milieu du XVIème siècle. Et, – et c’est ce qui fait la valeur de son témoignage -, il va être le seul de son temps à brosser avec talent ce tableau du monde rural des environs de Rennes.

Né sur les bords de la Seiche, dans une modeste demeure plus proche de la ferme que du château, comme c’est le cas pour beaucoup de gentilshommes de sa condition en Bretagne, il va passer son enfance à courir bois et garennes autour de son Château Letard natal, avant de prendre ses premières leçons à Vern auprès de l’abbé Caillard, qui comme il le dit :

« le pourvût d’un assez bon commencement aux lettres ».

De son passage ici bas, seul nous reste pour y ancrer sa mémoire, ce petit bâtiment, avec son corps de logis et son pavillon, si harmonieux par ses proportions et ses allures de demeure du Val de Loire. De sa construction nous en savons peu. Sans doute fut il consolidé, maintenu, mais par qui et à quelles époques, le mystère persiste. Mais il a échappé à ces rénovations ou à ces destructions pures et simples que le XIXème siècle si souvent a infligé à des témoins architecturaux magnifiques des temps anciens. Il a traversé les siècles, comme par miracle, peut être aussi pour mieux nous permettre aujourd’hui de parler d’un de ses plus illustres occupants.

Les lieux ont une âme… Nous en sommes persuadés.

Vous saurez vous aussi, à travers ces accents mélodieux qu’offrent à nos sens les cordes, et en ouvrant votre cœur, percevoir ce mystérieux silence assourdissant du passé…